mercredi 2 avril 2008
2 avril: it's a hell of a place to break your car!
Le nom de Bryce Canyon vient du pionnier Ebenezer Bryce, qui est venu s'installer dans le coin avec ses copains mormons dans les années 1870. Découvrant le canyon, il s'est exclamé "it's a hell of a place to loose a cow!" (c'est un sacré endroit pour perdre une vache!)
Tant de bon sens vous épate, n'est-ce-pas? nous aussi.
Ce matin donc, nous entrons dans le parc. Merci à Jérôme pour nous avoir refilé son pass annuel des parcs nationaux, hop, 25 dollars d'économisés. Nous traversons d'abord tout le parc en voiture, jusqu'à Rainbow Point, et projetons de nous arrêter au points de vues et de faire une petite randonnée sur le retour. Il est 10h du matin, il ne fait pas si chaud, le tour en voiture laissera au soleil le temps de chauffer un peu.
Nous roulons donc 30 bornes sur une route toute nickel, bizarrement au milieu des sapins. Pas de pinacles, pas de hoodoos, juste des sapins. A la longue, on se demande si on est bien sur la bonne route.
Arrivés au bout, nous voilà soulagés. Le voilà, notre panorama à couper le souffle. D'après la pancarte, et la montagne qu'on devine au fond, nous avons une visibilité de 160 km devant nous, jusqu'au parc national suivant...
Nous reprenons donc la route en sens inverse, et faisons étape à tous les points de vue. Nous ne sommes pas encore revenus dans la partie la plus spectaculaire et la plus visitée du parc, et pourtant, quelles vues... Les points de vue sont très (trop) bien balisés, et on retrouve les mêmes familles à toutes les étapes. Y compris la bande de motards allemands qui écoutent du disco. et du Queen. et du Tina Turner. Très fort. (je vous jure, véridique.)
Bref, on commence à avoir un stock de photos respectables, et on se remet à faire des blagues sur notre voiture qui fait un bruit, là sur la droite devant, comme un bruit de courroie qui frotte. brave titine. Ah bah tiens, le bruit s'est arrêté.
Ah bah tiens, la voiture aussi s'est s'arrêtée. Plus rien, shut down.
Ca tombe, hmm, "bien", on arrive au parking du super joli point de vue "si vous n'en faites qu'un faites ce lui là"
Histoire de repousser le douloureux moment où il va falloir, euh, appeler quelqu'un et faire quelque chose, on va faire le tour du point de vue, prendre trois photos, mais bizarrement le coeur n'y est pas.
La journée subit à ce moment une sorte de dépression, comme un trou d'air dans les avions. On se demande un peu comment tout ça va finir...
Alors on appelle l'accueil du Parc (par miracle, je capte...),Florent tombe sur une mamie qui lui fait répéter quatorze fois le modèle de la voiture, alors que pourtant, ce n'est pas très compliqué à comprendre "Ford Focus, F O C U S"... Elle nous promet de nous envoyer un Rangers dans "a few minutes".
Une demi heure et un certain nombre de cigarettes plus tard, le Rangers arrive, avec ses grosses blagues genre "so, how are you doing, today, not so good, huh?"
Florent lui montre, oui la courroie, tout ça. Le Ranger prend son téléphone et essaie de joindre une dépanneuse. Sans succès. Il part donc les chercher.
Toujours sur notre parking devant notre paysage époustouflant (on aurait pu tomber plus mal, hein), on se dit que l'après midi va être longue. Et sinon, c'est quoi le liquide vert qui coule vers la roue?
D'après Florent, il faut changer tout le bloc moteur, une histoire de pistons serrés, et serrés, ça veut dire tordus. (alors pourquoi on dit pas tordus, hein?)
Comme évidemment à notre chère agence de location, (vous vous rappelez?) c'étaient un peu des charlatans, et qu'ils nous ont fait promettre de pas sortir de San Diego mais si vous sortez, on le dira pas au patron, on commence à l'avoir mauvaise sur l'assurance dépannage... Ca sent le moisi pour nos économies.
Finalement la dépanneuse arrive assez rapidement, et "Darrell" (c'est brodé sur sa chemise) nous dit que c'est la water pump qui a lâché. Il remorque notre pauvre Ford et nous ramène dans son gros camion jaune jusqu'au garage. Et alors là, on tombe sur une entreprise familiale, qu'ils viendraient du Nevada je serais pas étonnée.
Adorables, ils appellent l'agence de location pour nous (ils ont raccroché au nez de Florent les sagouins), ils appellent plein de garages pour nous dégoter la pièce, ils nous trouvent une chambre à moitié prix pour passer la nuit.
Soulagés d'avoir trouvés un peu de chaleur humaine mais pas plus avancés pour notre bagnole, on va se poser dans la chambre. On mange un bout, et puis on se dit qu'on va pas se laisser abattre.
On a plus de voiture, mais on a toujours pas fait notre randonnée. Et puis on va pas rester à tourner en rond dans notre chambre toute la journée. Alors on retourne chez nos gentils amis au garage, qui font aussi loueurs de voitures, et de buggies, et de vélos, et on se dit, courageux petits voyageurs "on va louer des vélos, et toc"
(changement de rédacteur… Toutes ces émotions, ça fatigue)
Bernice (c'est aussi brodé sur sa chemise) trouve bien l’idée un peu étrange, ça monte et tout, m’enfin, si on y tient, à aller en vélo dans le parc pour faire un bout de randonnée, hein, ma foi, elle ne va pas aller contre les idées bizarres des européens.
Nous partons donc, en vélo, et, oui, ce petit faux plat, à 2300 mètres d’altitude et à vélo, il fait mal, très mal. Nous finissons cependant, rouges, essouflés, mais contents de nous, au départ du sentier, option « on fait court parce qu’il se fait tard » (et qu’on n’est pas vraiment des randonneurs).
Et là, malgré la fatigue, malgré un certain stress, on oublie nos petits tracas pour un moment assez magique, non plus à contempler de loin les hoodoos, mais à se promener parmi elles, recherchant laquelle a une tête de lutin, ou de chat, ou de gousse d’ail. On a même rencontré des américains qui avaient vécu à l’Arbresle (Sheila, si tu nous lis, il y a des chances que tu les connaisses), comme quoi le monde n’est pas si grand…
On a même réussi à remonter, à rejoindre nos vélos, avec un intermède champêtre en compagnie des biches, et à revenir chez Bernice avant que nos carrosses ne se transforment en citrouilles.
Jusqu’ici tout va bien, demain nous faisons les facteurs pour le garagiste (soit on va chercher la pièce à 150 bornes, soit on attend un jour de plus, et le resto est vraiment pas terrible), et on croise les doigts pour que seule la pompe à eau de Titine soit cassée.
Bien évidemment, pas de carte pour aujourd’hui, mais on a quand même les photos !
1er avril : la plus belle route du monde, tome 3.
Si la capitale de l’Etat nous a laissé une impression, disons, mitigée, le sud de l’Utah n’a pas grand-chose à voir avec la ville des mormons.
Dès que nous sommes sortis de l’autoroute, nos yeux ébahis et nos bouches bées en ont vu de toutes les couleurs.
Dans la catégorie « les USA sont un pays formidable », nous avons rencontré, au détour d’un virage, une meute de chiens de chasse, avec leurs bonnes têtes et leurs truffes alertes, et de drôles de colliers avec des antennes. Ben oui, pas bête le chasseur, il localise ses chiens par GPS !
Plus sérieusement côté couleurs, ç’a d’abord été le blanc de la neige, et puis le vert des sapins, le bleu éblouissant du ciel, ensuite toute la palette des ocres jusqu’à l’orange rouge vif que nous allons suivre pendant ces quelques jours dans les canyons.
Pour tout dire, j’ai toujours trouvé les photos hyper saturées qu’on a vu mille fois des canyons américains un peu surfaites, et les discours à la con sur « la beauté de Mère Nature » un peu ridicules. J’étais tout de même contente de venir, histoire de pouvoir cocher, sur la liste des trucs à faire dans une vie « le far west ».
Et ben j’étais bien cruche. La Scenic Byway numéro 12 est totalement hors catégorie
Les points de vue y sont extraordinaires. Quand on voit à plus de 100 km devant soi (j’ai vérifié la distance sur la carte) des vallées par dizaines, des canyons érodés, et au loin des sommets enneigés, ça n’a rien à voir avec la plus belle des cartes postales ou le meilleur des reportages. Juste, ça vous coupe le sifflet. C’est superbe.
La Byway 12 traverse la Dixie National Forest, longeant le Capitol Reef National Park puis traversant le Grand Staircase Escalante National Monument. Elle aboutit à notre étape de ce soir, à côté de Bryce Canyon, que nous visiterons demain.
Tout ça pour dire que, pour l’instant, nous n’avons « visité » aucun canyon, nous ne sommes pas descendu dans les vallées escarpées, ni entre les pitons rocheux, nous avons « seulement » pris la jolie route qui traverse…
Pour ne rien gâcher, si dans les cols il faisait plutôt froid, sur les plateaux, même à plus de 2000 mètres, il faisait étonnamment doux. Une raison supplémentaire de multiplier les pauses photos, ce qui fait qu’on ramène ce soir une cargaison de 230 clichés à trier…
Pour la nuit, nous faisons étape au Bryce Canyon Pines, un charmant motel restaurant. Pour changer, nous avons trop mangé (ils ont un vrai problème avec la taille des assiettes, ici) et nous nous payons le luxe d’avoir une cheminée dans notre chambre, c’est donc au coin du feu que je rédige ce billet.
Middle of nowhere oblige, pas de wifi ce soir. On mettra en ligne dès que possible.
Demain on visite Bryce Canyon, et on remonte vers le Lake Powell, pour visiter Monument Valley jeudi. Et vendredi, le Grand Canyon. Les choses sérieuses ne font que commencer.
ps: nous mettons le billet d'hier en ligne seulement maintenant, mais vous ne serez pas déçus par le prochain billet qui raconte nos aventures à Bryce Canyon... Et oui, la voiture nous a lâchés!
lundi 31 mars 2008
31 mars : de l'enfer au paradis, ou inversement ?
Un dernier petit déjeuner (steak, œufs brouillés, galette de pommes de terre, bref, du léger, pour 5 $), et on reprend la route, avec au programme … rien pendant 200 kilomètres, puis un bourg, puis le désert. On a scrupuleusement recherché les ghosts towns les plus typiques du comté d’Ely sur internet, et, après un choix difficile (il y en a 200, environ), on s’est arrêté sur Shellbourne (qui, effectivement, n’est sur aucune carte, et pourtant ils ont la place), avec en plan B Cherry Creek.
Un fantôme, par définition, on ne peut pas le voir
Hélas, hélas, hélas, à Shellbourne, soit il n’y avait effectivement vraiment rien, soit ce n’est plus fantôme : en dehors d’une ferme –en activité-, R.A.S. Dix kilomètres de latérite pour ça, c’est un peu décevant.
Reste, donc, Cherry Creek, qui est un « vrai » village, semi-abandonné, mais, d’après le guide, c’est vachement bien, y’a plein de ruines et une mine abandonnée. Yeeeeeeeeeehaaaa, comme on dit par ici, en plus la route est goudronnée, et un musée est annoncé, allons voir !
Ben pour voir, on a vu. Un endroit oublié, évoquant plus une favela que le far-west, avec, effectivement, des maisons en ruine, m’enfin pas très glamour. Une pancarte (qui sert aussi, comme souvent dans le Nevada, de stand de tir) indique bien le musée, vaguement dans la direction du chemin de terre, là, au dessus du bled. Bon. Ben puisqu’on y est, puisque je suis têtu, et puisque je veux voir une mine abandonnée, allons y.
Ben, voilà, c’est un chemin de terre, quoi. Un peu comme à Méjannes. Avec, certes, des pancartes étonnantes, du genre « attention aux poids lourds à la sortie du virage, ralentissez », alors qu’on est sur une piste gentiment défoncée ou dépasser 20 mph serait suicidaire, mais, bon, un chemin de terre.
Et, enfin !!!!! Une mine abandonnée.
Mais, là aussi, bon. Un bâtiment de tôle ondulée et rouillée, quoi. Comme on était à 20 kms de l’autoroute, et que les autochtones évoquaient plus un film de Romero que l’ambiance chaleureuse de l’hôtel Nevada, on s’en est contenté.
Et puis, ça me fournit un prétexte pour revenir, vérifier si les villes fantômes existent vraiment.
(et on aura une autre chance entre Las Vegas et San Diego, en vrai, mais ça je ne le dis pas à Cécile, qui a stoïquement erré au milieu de rien sans se plaindre)
Le grand lac salé du mauvais côté de la route
Je passe sur les 200 kilomètres de ligne droite jusqu’à Wendover, endroit absolument pas très jovial non plus. L’intérêt, ici, outre que c’est la seule route à 200 kms à la ronde, c’est les Bonneville Flats. Un immense désert, plat (mais alors plat, plat, hein) de sel.
Vous connaissez le bar en croûte de sel, au restaurant ?
Ben là, c’est pareil, sauf que c’est, en gros, un département entier à la croûte de sel. De quoi faire pleurer de jalousie un camarguais.
Un ciel parfaitement pur et bleu (on est à la montagne), le blanc du sel, le noir de la route, qui se perd dans le mirage à l’horizon, et des montagnes enneigées tout autour pour faire joli.
Seuls problèmes :
- Ou on s’arrête pour faire des photos, sur l’autoroute ?
- En fait, le plus spectaculaire, la partie parfaitement plus blanche que blanche où ils font les records de vitesse, c’est juste au Nord de l’autoroute. Autrement dit, ceux qui vont dans l’autre sens en profitent, nous, beaucoup moins.
Donc, bon, don’t try this at home kids, these are professional cascadeurs doing their métier, mais nous on l’a fait, on a traversé l’autoroute.
A pied. Et deux fois (mais ça c’est une longue histoire dans un billet déjà infiniment trop long)
Utah sucks
Ce titre en hommage à Sylvain (qui comprendra et pourra toujours expliquer), qui, il faut bien l’avouer, n’avait pas tout à fait tort : je n’ai rien contre les mormons, mais alors on rigole beaucoup moins à Salt Lake City qu’à Ely : c’est joli, c’est propre, bien propre, les rues au carré, tout ça, mais alors, c’est mort…
Et là, si les gens viennent vous parler, c’est par deux, avec un petit badge, et pour vous vendre le paradis, une visite de l’église et/ou un baptême post-mortem. Gentiment, certes, m’enfin une ville ou la moitié de la population se perçoit comme un missionnaire, c’est plutôt spécial.
Demain, on file dans le Sud, direction les paysages en cinémascope – Lac Powell, Grand Canyon, Bryce Canyon (pas tout le même jour, hein), avec, si tout va bien, nuit dans un vrai ranch, avec de vrais cowboys.
L’occasion de vérifier s’ils sont vraiment comme dans Brokeback Mountain…
La carte
Les photos
dimanche 30 mars 2008
30 mars toujours: the best place in America
Et nous avons commencé à repérer vite fait quelques motels pour être sûrs de ne pas tomber en rade. Outre le très utile hotels.com, ou le très célèbre tripadvisor.com, google earth indique à l'apprenti routard les différents commerces et hôtels à proximité d'une adresse donnée. Voilà comment nous sommes arrivés sur ce fabuleux site web.
Forcément, depuis ce jour, nous ne rêvons que d'une chose, c'est d'arriver à l'Hôtel Nevada.
Et bien ce soir, nous pouvons fièrement annoncer qu'il dépasse largement toutes nos attentes.
Alors je vous vois venir, avec votre condescendance européenne, votre cynisme bien senti, à hurler de rire sur le kitsch de cet incroyable hôtel restaurant casino, le plus vieil édifice de l'Etat à avoir plusieurs étages, qui clignote dans la nuit déserte...
Oui, il y a bien des animaux empaillés pour la déco; oui, les télés et les machines à sous électroniques font un bruit de tous les diables; en effet, les dessus de lits, ici aussi sont spéciaux, et oui, quand on rencontre la faune locale, on se trouve incroyablement sophistiqué...
Mais il y a quelque chose de vraiment particulier ici. Une ambiance, une chaleur, une gentillesse, inversement proportionnelle à ce qu'on a toujours cru être le bon goût.
Je crois que ce soir, j'aime vraiment le Nevada et ses hôtels incroyables, ses serveuses sans chi chi et toutes adorables, ses habitants qui vous disent tous bonjour et ne se moquent même pas de votre accent, ici tout le monde est gentil. Et ce n'est pas une formule, ou une façon, disons élégante, de trouver les autochtones un peu niais, non, ici la générosité semble naturelle.
Dans un état où on ne croise personne pendant 500 kilomètres, lorsqu'on fait une pause sur le bord de la route pour faire des photos, les gens du coin s'arrêtent pour vous demander si tout va bien et si vous n'êtes pas en panne. Et bien oui, quand l'environnement, si éblouissant soit il, est aussi hostile, les gens se rapprochent. On est arrivés à cette conclusion: les grands espaces créent une vraie solidarité et une convivialité rafraîchissante.
Je vous entends toujours, les blasés, avec votre air de "oh, les petits citadins découvrent la campagne". Ben oui, peut être.
Toujours est il que cela faisait longtemps que je n'avais pas passé une soirée aussi amusante. On a encore trop mangé pour trois fois rien, quand on commande un martini on doit choisir entre vodka-martini et gin-martini (ce qui explique que j'ai un peu chaud) et j'ai perdu 15 dollars dans des machines à sous toutes plus perverses les unes que les autres (il y en a mêmes dans le bar, oui, incrustées dedans), mais tout ça avec le sourire, et une brassée de bons souvenirs...
ps: dans le header, on vous parle de l'hôtel Nevada et de son célèbre ventriloque aveugle. Pour tout dire, il vient du Wyoming...
30 mars : The Loneliest Road in America
500 kms entre Carson City, qui, comme vous avez pu le voir hier, et Ely, encore beaucoup, beaucoup plus petit.
Entre les deux, deux hameaux et un bourg, une dune, quelques sites préhistoriques et des villes fantômes (tellement fantômes qu'on les a loupé - reste demain pour nous rattraper).
Des cols, à 2500 mètres, des lignes droites, de 50 kilomètres, quelques voitures égarées, de la neige, par intermittences...
Plus encore que le reste du voyage, la route 50 est une expérience qui se vit, plus qu'elle ne se montre ou ne se raconte : un moment de zen, ou la bande FM est complètement déserte, ou le télépone portable ne sert plus qu'à donner l'heure, ou il n'y a que soi, le ciel, et le paysage immense découpé par le trait de la route.
On peut redouter que ce soit immensément monotone, voire fatiguant, mais non. On en oublie qu'on conduit : on se déplace, presque imperceptiblement, dans un paysage en cinémascope, qui, trèèèès graduellement, évolue.
Je vais laisser Cécile raconter Ely et l'Hôtel Nevada, objectif sous-jacent de ce road trip depuis le départ, et qui mérite à lui seul un billet.
En attendant, la carte et les photos. Vous pouvez toujours essayer de zoomer sur la carte tant que vous voulez, il n'y a rien !
samedi 29 mars 2008
29 mars : ils descendent de la montagne à cheval
Enfin, pour le moment, on a un peu du mal à conceptualiser, la montagne. Quelque chose comme les collines de Big Sur, en plus gros ?
Départ tôt le matin (500 kms à faire, quand même), petite déception en traversant le Bay Bridge : on est à l’étage inférieur (oui, les ponts ont des étages, ici), et donc on ne voit rien.
On s’arrête petit-déjeuner dans une zone commerciale d’Oakland, là ou vivent réellement les gens qui travaillent à San Francisco, et, ça fait un choc, notre premier contact sans paillettes avec la Bay Area, ce sont des dizaines de clandestins qui, massés le long de la rue, attendent que quelqu’un vienne les embaucher à la journée, pour du bricolage ou du jardinage. Ca douche un peu…
On se remet de nos émotions avec une pause shopping dans un outlet. On avait aimé à San Diego, on aime bien aussi à San Francisco : Adidas vintage à 30 $, jeans au mêmes prix, et, toujours, les supers crème de beauté de haut de gamme à « pas cher » (50 $ le petit flacon, quand même…)
Et on roule, dans une interminable vallée toute plate, sous un ciel gris. Montagnes, montagnes, je demande à voir, même si la route commence à s’élever, c’est plus le baillement que l’ébahissement qui me guette.
1000 pieds…
2000
3000
4000, ah, oui, ça commence à être franchement la montagne…
5000, 6000, 7000 (soit 2200 m, tout de même), la neige apparaît, et on descend vers le lac Tahoe. Hélas, il fait toujours gris, mais, malgré tout, et malgré le froid (oui, oui, on est donc vraiment à la montagne), on se remet –enfin à faire ah, et oh, et c’est beau, et à s’entraîner à reconnaître un Sequoia (pas les mêmes qu’hier, là c’est le modèle montagnard) d’un banal sapin de Noël (tailles XXL quand même).
Arrive South Lake Tahoe, station balnéaro-montagnarde un peu démodée, année 50, toute en forêt et chalets bas, puis la frontière du Nevada, immortalisée autant par une pancarte maigrichonne que par un casino de huit étages, incongru dans le paysage.
Graduellement, alors qu’on remonte un nouveau col, le paysage change, passe du vert à l’orange, les arbres se font rares, et on descend vers Carson City, Capitale du Nevada, essentiellement, voire uniquement composée d’une grande rue, ou s’enchainent malls, motels, et casinos avec côte de bœuf à 6$.
Ca n’est pas dénué d’un certain charme… Même si ça n’est pas sans évoquer la nationale entre Bourgoin et l’Isle d’Abeau.
En attendant que le wifi fonctionne (ben oui, motel pas cher, motel pas parfait…), on va aller découvrir ou mangent et s’amusent les locaux, ce qui promet d’être, comme dirait le Routard, « pittoresque et croquignolet »
Le retour, l'estomac bien rempli
En effet, c'était "croquignolet", j'espère que les photos rendront justice aux lieux...Carson City le jour, c'est déjà amusant, mais alors la nuit, c'est vraiment de toute beauté. Casinos éclairés par d'innombrables ampoules fatiguées, restos à la déco... riche, et ou le bifteck -délicieux- fait ses 500 g, des magasins de Ranchwear, hélas fermés, ou je suppose qu'ils vendent des stetsons et des éperons...
Nous avons même joué -et perdu, comme il se doit- des fortunes au casino, quelque chose comme pas loin de 10 $ à nous deux.
On notera d'ailleurs que, malgré mon goût connu pour les jeux, les choses qui clignotent et les dépenses idiotes, Cécile est considérablement plus accro que moi aux machines à sous. Seule ma fatigue nous a sauvé d'une banqueroute certaine aux machines à 1 cent la partie...
Le trajet
Les photos
Le dessus de lit du motel
vendredi 28 mars 2008
28 mars: San Francisco vu d'en haut, les sequoias vus d'en bas!
On a voulu commencer la journée par la visite d'Alcatraz, comme on nous l'avait chaudement recommandé. Notre routard et notre lonely planet recommandaient de réserver plusieurs jours à l'avance. Guillerets et plein de certitudes sur le thème "on est hors saison, on est en mars, les hôtels sont vides et en plus il fait un peu frisquet", nous nous rendîmes sur le Pier 33 d'où partent les bateaux. Et là, catastrophe, pas de places disponibles avant lundi matin...
Tat pis pour Acatraz, nous allons nous consoler avec un petit déjeuner qui nous tiendra jusqu'à 16h. Ici quand vous commandez des pancakes, on vous en apporte 3, de 250g chacun, avec beurre salé, sirop d'érable, en plus les miens étaient aux myrtilles, plus les oeufs brouillés (pour moi) et le bacon( pour Florent) bref, trop dur la vie...
Nous avons ensuite entamé (en voiture, parce que San Francisco, c'est grand quand même) la tournée des quartiers un peu mythiques de SF. D'abord Haight Ashbury, le quartier des beatniks et de Jack Kerouac. Des hippies, quoi. On y trouve de très belles maisons victoriennes, abandonnées par les bourgeois à la suite du grand incendie de 1906, squattées par la suite par les classes populaires, les noirs, et les révolutionnaires en tout genre. On y trouve des magasins de disques d'occasion, des librairies anarchistes, et des boutiques de jolies chaussures (enfin, dans cette ville civilisée, pour la première fois du voyage, je vois de jolies chaussures. Me voilà rassurée sur l'avenir de l'humanité.)
Le quartier gay, Castro, est aussi très coloré, à l'image de l'immense drapeau arc en ciel qui flotte en haut de Castro Street. On comprend mieux le sens de "Gay Pride"!
On monte ensuite en haut des Twin Peaks. (Rien à voir avec la série de David Lynch, me dit Florent. Dommage.) Encore un joli point de vue sur la ville, décidément, toutes ces hauteurs, c'est très pratique!
Puis direction nord, pour aller visiter Muir Woods, un parc naturel protégé de séquoias. Et pour s'y rendre, il s'avère que le Golden Gate Bridge nous est d'une aide précieuse pour traverser la baie. Des courageux le traversent à pied ou à vélo, mais le vent commence à se faire vraiment frais. Petite pause photo côté nord du pont, hop, encore une superbe vue sur San Francisco, malgré les nuages.
Les séquoias sont impressionnants: 80 m de haut (ça fait combien en feet? et en yards? hein?), et on apprend plein de choses le long du parcours balisés. Les séquoias de Muir Woods sont des Redwoods, ce ne sont pas les mêmes que les géants dont on connaît les troncs hyper larges, les séquoias ne brûlent pas, ils survivent aux incendies, ils ne meurent pas non plus, ils font des rejets qui deviennent de nouveaux arbres géants, bref, ils sont trop forts. Tellement, qu'à la boutique, Florent achète les seeding kit, comme ça dans 30 ans, nous aussi on aura un arbre géant!
Retour sous le crachin et dans le brouillard, voilà le temps que je m'attendais à avoir à San Francisco pour un mois de mars. On aura eu de la chance. Fin de la journée dans le quartier de l'Hôtel, North Beach, le quartier italien. Très animé malgré le temps londonien, on dîne dans un restaurant des plus romantiques: "the stinking rose" qui a pour spécialité de tout cuisiner à l'ail!
Très réussi, dans l'assiette comme dans la déco (cf les photos), tant qu'on n'oublie pas se laver les dents en rentrant!
En bonus, les photos de l'hôtel, où le dessus de lit était à la hauteur, mais cette fois ci, on purpose!